Portrait de Laëtitia Laignel, promo 2008 du CLCF

Découvrez le portrait de Laëtitia Laignel (Alexandrovsky), promotion 2008 de l'école de cinéma CLCF.

Que faisais-tu avant d’intégrer le CLCF ?

J’étais à la faculté de Lettres d’Aix en Provence afin de devenir prof de lettres modernes (ce que je fais d’ailleurs aujourd’hui).

Après deux ans en tant qu’assistante d’éducation dans un lycée, j’ai tout lâché pour partir à Paris en 2005 afin de réaliser mon rêve d’enfant : faire du cinéma ! En CM2 j’avais écrit mon tout premier scénario qui était impossible à faire car avec des dinosaures grandeur nature ! Néanmoins, on avait beaucoup répété avec mes copines de l’époque afin de le tourner un jour... Pendant mes études, j’ai participé également à une dizaine de courts-métrages amateurs (dans tous les postes) et j’ai également réalisé 3-4 courts pour me faire la main... 

Le cinéma était depuis toujours ma passion mais j’oscillais entre « y rentrer complètement » ou continuer d’en faire juste pendant mon temps libre...
Il est vrai que 10 ans de théâtre et mon baccalauréat audiovisuel (A3 à l’époque) ont aidé à ce choix. Juste avant mon départ à Paris j’avais même monté une troupe avec les élèves que j’avais au lycée en tant que surveillante et donc professeur de théâtre ! 
La concrétisation du projet a relancé celui d’aller sur Paname passer des concours pour rentrer dans une école cinéma. Mon choix était fait : essayer de faire de la mise en scène mon métier !
J'ai suivi la formation Scripte du CLCF.

 

Pourquoi avoir choisi le CLCF plutôt qu’une autre école ?

Pour être franche, quand je suis arrivée, j’ai passé le concours de la FEMIS, sans prétention car je savais que les places étaient chères. Ayant été recalée, je me suis installée à Paris en trouvant d’abord un petit boulot afin d'atterrir... Pour une sudiste, il est difficile de s’adapter à cette grande ville ! Et puis mon ex a intégré le CLCF. Je me souviens que pour son entretien, il avait rendez-vous avec le directeur de l’époque. Moi je l’ai attendu dans le bar pas très loin... Je l’ai vu revenir m’indiquant que le directeur voulait me rencontrer. Ce qui n’était absolument pas prévu, je dois le préciser. Avec un tatouage malabar sur le bras, je suis rentrée dans son bureau où il m’a fait un véritable show m’indiquant que si je voulais un jour faire du cinéma il fallait que je passe par une école et que le CLCF pouvait m’accueillir. J’ai décliné par faute de moyens mais aussi par fierté : je pensais encore que faire du cinéma pouvait se faire comme dans les tournages en 1970...en s’incrustant et en proposant de l’aide pour se faire remarquer... Un an plus tard, après de nombreux échecs, je toquais à la porte du CLCF.

 

Comment décrirais-tu l’ambiance au sein de l’école ?

Inoubliable et familiale ! Cette année de formation a été de loin l’une des plus belles de ma vie. J’apprenais à vitesse grand V tout en vivant des choses extraordinaires avec ma promo du soir. Le CLCF est une auto-école cinéma mais c’est surtout et toujours ma famille. 

 

Que peux-tu dire à propos des cours dispensés ?

Pour ma part, j’ai intégré la 3ème année directement. Les cours étaient variés, parfois difficiles mais complets. Les intervenants étaient passionnants et passionnés : c’est l’art, je pense, d’une bonne pédagogie ! On ne peut apprendre aux élèves qu’en étant animé par cette passion commune... Une véritable volonté chez eux de nous transmettre leur savoir, leur vécu, leur organisation et même leurs anecdotes de tournage. Les nombreux tournages en école ont été également très formateurs avant d'entrer dans la « jungle du travail ».

 

As-tu effectué des stages durant ta formation ? Si oui, lesquels ?

J’ai justement pris les cours du soir afin de pouvoir être en stage la journée : j’ai donc commencé aux laboratoires Eclair durant 3 mois. Puis j’ai travaillé sur le casting de Koh-Lanta ainsi que sur un téléfilm « Hé m’sieur » avec Jean-Marie Bigard avant d’être prise en assistante scripte sur « Le Séminaire », le film de Caméra Café. C’est justement sur ce tournage qu’il y a eu un tournant dans ce début de petite carrière... En proposant une solution en mise en scène lors du tournage d’une séquence posant problème, Bruno Solo est venu me dire que je n’étais pas une scripte mais une assistante réalisation... Quelques jours plus tard, ma scripte chef a confirmé son opinion, m’indiquant qu’il fallait plutôt que je postule comme 3ème assistante. J’ai fini ce tournage et j’ai suivi le conseil... Un mois plus tard, j’étais 3ème Assistante réalisation sur un long-métrage intitulé « Je ne dis pas non » avec Sylvie Testud... Je me souviens qu’à la fin de l’entretien d’embauche, j’ai couru au CLCF demander des conseils à Gérard Pujolar, notre intervenant réalisation. Je lui dois beaucoup... Des conseils mais surtout il m’a fait prendre conscience que j’en avais les capacités même si j’avais suivi la formation initiale « scripte ».
J’ai ensuite enchaîné sur deux autres longs mais cette fois-ci en 2nde assistante... Il faut dire que j’ai eu beaucoup de chance en travaillant sur « Je ne dis pas non » car ce fut vraiment l’osmose avec le premier assistant, qui m’a du coup fait confiance pour devenir sa 2nde sur les projets suivants.

 

Comment s’est passé l’après CLCF ? Quel est ton parcours ?

Aucune pause entre le CLCF et le «après»... J’ai enchainé les projets en duo avec mon premier Assistant réalisateur : « Je suis un no man’s land » de Thierry Jousse, « T’embrasser une dernière fois » d’Olivier Jahan, etc. En plus de ces mois de travail, j’ai également été 1ère assistante sur une web série et 3ème sur des « Joséphine Ange-gardien »... 
Le départ de mon chef aux USA a été pour moi comme une enclume sur ma tête... C’est à ce moment là que j’ai rencontré mon mari, chef électro, avec qui j’ai fondé le festival Cinéma Etc : une compétition de courts-métrages et des ateliers cinéma pour les enfants et adolescents.

 

Que fais-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui ma vie est toujours partagée entre cinéma et pédagogie. Mais dans le sud de la France : un retour vers chez moi. L’arrêt du système d’intermittence a été bénéfique : construire une famille et être sur des tournages est extrêmement difficile ! J’ai beaucoup d’estime pour ceux ou celles qui arrivent à lier les deux mais ce n’était pas moi. Et puis, ces 4 années de travail intensif ont permis d’ouvrir de nouveaux horizons...
J’enseigne le français (ma formation initiale) mais je suis également professeur de cinéma, ce que j’aime car du coup j’ai toujours un « pied dedans ».

Ne pas tourner, ne pas écrire n’est pas vivable. Tous les 6 mois le besoin de faire un film est épidermique. Et finalement, les premiers ateliers lors du festival ont été une sorte d’interrupteur... j’avais également envie de transmettre cette passion, cet art du métier, cette « drogue de tourner » mais sans être vraiment dans le système.
Aujourd’hui l’association Cinéma etc est entièrement dédiée à la pédagogie : on apprend aux adolescents les différents postes sur un plateau en leur faisant pratiquer 2h de théorie/pratique par semaine et 3 à 5 jours de tournage de court métrage en fin d’année. Pour cela, nous faisons venir des techniciens professionnels pour les encadrer lors de ce projet. L’association compte à ce jour 18 techniciens de différentes catégories (cadre, chef-opérateur, son, montage, réalisation...) et une trentaine de bénévoles. Le but est de se faire plaisir, de porter par le scénario un message tout en élevant petit à petit le niveau dans la technique et la réalisation. 
L’atelier Cinéma etc a formé depuis 7 ans, 292 adolescents, dont trois évoluant déjà dans le milieu et 4 voulant intégrer dans quelques années le CLCF...
Mon objectif ultime serait de créer enfin une école de cinéma dans le sud de la France... Car aujourd’hui, 3 niveaux de compétences se détachent dans les 48 jeunes que nous avons dans notre section...

 

Qu’est-ce que le CLCF t'a apporté dans ta façon de travailler aujourd’hui ?

Le CLCF apporte rigueur, espoir mais surtout les bonnes bases pour pouvoir commencer à travailler en prépa ou sur un vrai plateau. L’école apporte aussi le sens de l’organisation... d’un tournage certes mais dans mon cas, dans l’enseignement aussi du cinéma à mes élèves. Et puis comme je le dis souvent, c’est une super auto-école mais on apprend surtout à conduire après, sur la route...et si tu ne sais pas te servir d’un volant c’est fâcheux et dramatique.
Donc je confirme, il y a bien un « après » CLCF. Mais 10 ans après, celui-ci est toujours en moi et avec moi : je suis fière non seulement d’être en partenariat avec lui mais aussi de cet échange d’élèves que nous avons fait cette année : Pauline Theissot, Colin Boschin et Maxime Culpin (actuellement en 3ème année d'école de cinéma CLCF) qui sont venus tourner avec l’association le 19ème court-métrage « A part ça, tout va bien » et Pedro de notre atelier, reçu en stage au CLCF en février.

 

Quel conseil donnerais-tu aux futurs étudiants qui souhaitent intégrer le CLCF ?

Bien écouter les anciens et surtout pratiquer, pratiquer, pratiquer... C’est en faisant qu’on apprend le métier. Et puis... profiter ! Être dans cette école est une vraie chance pour commencer, l’année passe trop vite alors il faut savoir savourer chaque instant. Parfois, j’éprouve encore le besoin de revenir là-bas, rien que pour me redonner une petite piqûre de rappel.

 

Quel souvenir gardes-tu du CLCF ?

Le rire de Monsieur Bénichou ça compte ? 
Plus sérieusement, que du bon. On peut encore s’inscrire pour l’année prochaine?